Isabel BARTEL, écrivain & artiste peintre - Nouvelles littéraires - Septembre

Septembre

De ses rayons ardents, le soleil embrase septembre d'une lumière éclatante. Des asters améthyste, des capucines élégantes et des camélias d'automne se prélassent langoureusement. L'été s'étire comme une toile tissée par une talentueuse tégénaire. Il fait encore si beau !

D'un pas décidé, une main dans une poche et l'autre accrochée à son cartable, Ève réfléchit. Regard sérieux, sourcils froncés, elle se rappelle que désormais elle devra bien écouter, ne pas parler ni se mettre à chanter ou danser sans permission. « Un vrai challenge » ont dit ses parents. Puis sa mère a souri et son père a ri. Pourtant elle perçoit que derrière ce mot compliqué se cache un défi qu'elle devra relever. Mais voilà que se dessinent déjà les contours du grand bâtiment en pierres brunes parsemés, ça et là, de lierre frondeur. Elle se sent tout à coup gagnée par une profusion d'émotions. Un imbroglio de joie, d'excitation, d'un peu de peur et de beaucoup de curiosité, qu'elle a du mal à décoder. Alors, elle sort la main de sa poche et la glisse doucement dans celle de sa maman. Elle ressert son étreinte et, rassurée, redresse la tête. Elles arrivent.

Ébullition maximale ! Une fourmilière sous amphét ! Chacun cherche sa classe, son nom sur les listes scotchées à la volée sur la porte d'entrée. Quand tout à coup retentit le bruit tintamarresque d'une cloche qui ferait passer le «Campanone» de Saint-Pierre de Rome pour un vulgaire grelot. Un dernier baiser maternel et complice sur sa joue
empourprée et potelée, l'école va commencer.

Dans la salle de classe, un rayon de soleil audacieux tente une percée à travers le store baissé; son reflet projette sur les murs, repeints de frais, des ombres grotesques ressemblant à des pantins avachis. Des tables en bois blond, flanquées de leurs chaises assorties, sont disposées en rond au milieu de la pièce. Sur les murs de grands panneaux de liège, prêts à accueillir les créations des élèves, sont accrochés de part et
d'autre. D'ici peu, il y aura en ces lieux, une déferlante de couleurs, de dessins, de peintures, d'objets modelés, façonnés et construits par des dizaines de menottes inventives. Un peu plus loin, presque dans le coin, mais légèrement surélevé, trône le bureau de Monsieur Cévene, maître des lieux.

Un mètre soixante-quinze, pointure quarante et un, un casque de cheveux dorés pourvu d'une mèche insolente et rebelle qui balaie son front et fouette ses yeux virides de manière incessante. Au dessous du nez concave s'épanouit une bouche que l'on devine gourmande au regard des joues roses et comblées qui dénoncent un épicurien accompli : Thomas, Alexandre, Germain Cévene est un homme heureux, un instituteur doté d'un caractère joyeux et généreux que vient compenser une force et une autorité naturelle.

Après avoir remis machinalement ses cheveux dans les rangs, enfourné sa chemise dans son pantalon et esquissé un sourire, il se dirige vers la porte d'entrée. À peine ouverte, une vingtaine d'enfants s'empare des lieux. Certains, audacieux, s'installent déjà autour des tables tandis que d'autres, plus réservés, attendent sagement que l'on
les y invite. Ève, elle, se campe devant son maître d'école et lui annonce d'une voie claire : « Je m'appelle Ève et j'aime beaucoup les pommes ! »

Thomas Cévene n'était pas un néophyte. Il entamait gaillardement sa douzième année d'enseignement. Mais c'était la première fois qu'il se sentait à la fois autant amusé qu'impressionné par une si petite fille. Il y avait dans son regard et dans ses mots une assurance et une improbable drôlerie qui lui ont fait penser qu'avec elle, le mot surprise serait souvent de mise...

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