Florandine
« - Pourquoi pas?
- Et bien, tout simplement parce-que si tu rajoutes encore une cuillère de sornitude, ton gâteau deviendra immangeable ! C'est comme mettre trois gouttes de radifure, au lieu de deux, dans un café. Résultat : imbuvable ! »
Sa mère lève les yeux au ciel. C'est pourtant limpide...
Mais avec Florandine, tout devient au mieux compliqué, au pire improbable. Tenez : à la rentrée, tous les élèves sont ravis de parader avec de jolis vêtements neufs. Et bien, elle, elle s'obstine à vouloir porter, encore et encore, années après années, son triclouste à rayures avec une énorme ceinture à pois. Sauf que, bien sûr, les manches, jadis longues, ne le sont plus vraiment. Ce qui lui donne un air, comment dire... excentrique, disent les plus modérés et totalement déglingué pour les autres. Plus fort encore ! Quand il a fallu créer un petit orchestre pour la fête de fin d'année, elle est arrivée avec un rutilant bilouclophe alors qu'il y avait déjà trois cellaxopettes! À vous rendre dingue, je vous dis. Mais attendez! Ce n'est pas la meilleure... L'autre jour, au supermarché, au rayon serviettes en papier, elle a décidé que les grandes, avec un bateau bleu, feraient un magnifique drapeau. Et sans plus attendre, en a sorti une du paquet et s'est mise à chanter à tue-tête, serviette au vent, «La Pourfandaise» dans tout le magasin. Succès immédiat. Et tout le monde, boucher compris, a applaudi. Un triomphe ! Et tout triomphe méritant une médaille, elle a reçu en récompense un magnifique talon de jambon des mains même du dit-boucher, encore médusé.
Florandine ne fait décidément jamais fait comme tout le monde. Et c'est ce qui lui confère une aura presque magique auprès de Léoxandre et Cémiline, ses deux meilleurs amis. Ils se connaissent depuis toujours. Enfin, depuis le jour où Florandine a partagé, au jardin d'enfants, un croustillant riossant-tarlopin à la sciure d'amaryllis. Un délice ! Entre gourmands, ils se sont reconnus. Et ne se sont plus jamais quittés même lorsque les premières disputes sont arrivées. Fâchés-rabibochés: une devise éprouvée. Sachez-le, y a rien à faire, entre eux trois c'est du tonnerre! Sans le savoir encore, de cette rencontre gourmande naîtra une amitié indestructible, véritable armure contre les vents contraires.
Un matin de juillet, soleil haut, ciel éblouissant, de ces journées où tout semble rayonner, où l'impensable est impossible, ce jour là est arrivé le pire. Alors qu'elle sortait de la maison, direction le bureau des archendes, la Maman de Florandine s'est faite happée par une scipio-gernamine, dernier modèle, conduite par un chauffard inconscient qui n'a même pas eu le courage et la dignité de s'arrêter. D'ailleurs, quand les gendarmes l'on retrouvé et sont venus l'appréhender le lendemain, ils l'ont trouvé affalé et ricanant devant la télévision, hypnotisé par une émission de fausse-réalité. Et comble de tout, il les a suppliés... de le laisser finir de regarder! L'affaire a fait grand bruit. Le coupable a été condamné mais a laissé un mari dévasté et une enfant qui n'en serait jamais plus vraiment une. Tragédie.
Après de nombreux mois de chagrins et de peines, aidée par la présence inoxydable de ses précieux amis, Florandine a retrouvé le sourire. Il faut vivre ! Et rire ! Et encore, et encore ! Et ce soir est un grand soir: on fête, en grandes pompes, son diaxonet. Totale transformation: exit la robe à frou-frou, les noeuds-noeuds dans les cheveux, pour l'occasion, ce sera lampe frontale, chaussures à crampons, direction la grotte de Saint-Pinpernin pour une visite de nuit. Avec dégustation, je vous prie, du fameux gâteau maison (deux cuillères de sornitude seulement, impératif, souvenez-vous), ainsi que du mythique riossant-tarlopin, sans lequel la fête ne serait pas complète. Moments d'éternité. Amitié éternelle. Le bonheur retrouvé !
Quand tout à coup Florandine décrète qu'il est temps de rentrer pour nourrir Zombulle son poisson presque rouge, tout le monde éclate de rire. Et reste là. Zombulle attendra. Je vous l'avais dit, elle est terrible!
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